mardi 9 décembre 2008

Les pieds en métrique arabe

Notion de pied

Le pied est un élément de base des métriques quantitatives. On connaît bien les pieds en métrique grecque on connait moins bien cette notion en langue arabe. Nous donnons ici deux définitions précises de cette notion, l'une s'appliquant au niveau du réalisé et l'autre au niveau du schéma.


Schéma de vers et positions

La structure des vers est définie par un schéma. tel:

SSW/SW/SSW/SW SSW/SW/SSW/SW

Où S désigne une syllabe brève ou longue et W la séquence brève + longue


Al Khalil le créateur du arudh/ métrique arabe a appelé les éléments W watid. Nous les nommerons piquet iambique et piquet trochaïque , le mot piquet fait référence au fait qu’ils sont invariables.

Les autres éléments, généralement variables, sont appelés sabab/cordons.

Les pieds

Les schémas métriques sont divisés en séquences qui sont des pieds.

Qu’est-ce-qu’un pied en poésie arabe ? On serait tenté d’y voir une entité qui porte un accent ou même deux chez certains. On peut parler comme en métrique grecque de temps fort et de temps faible. Mais il est plus simple de se limiter au langage des brèves et des longues et de définir le pied en fonction de la récurrence.

Définition : Le pied est le motif des mètres simples.

Par motif, nous entendons le plus petit élément récurrent et par mètre simple nous désignons ceux qui s’écrivent comme répétition d’un seul pied.


Nous remarquons que les pieds contiennent un piquet unique et un ou deux cordons; d’où la définition :

Définition : Le pied est une séquence de deux ou trois éléments dont un seul est un piquet.


Bibliographie:

Mostefa Harkat, WAZN, édition Afaq

Mostefa Harkat: Métrique arabe, Structure et transformations, Mezura, Inalco


lundi 8 décembre 2008

Ouvrage Wazn

L'ouvrage Wazn est édité par Dar al Afaq, Alger
WWW.afaq-edition.com

Il traite de toute la métrique arabe.
Voici un extrait du sommaire pour se faire une idée du contenu de l'ouvrage.
Sommaire

Introduction …………………………….11
Chapitre 1
Mètre et vers……………...……..………………………….17
1.1. Le poème arabe………………………………….17
1.2. Les théories du vers……………………………………18
1.3. Buts d’une métrique du vers arabe……………………….
Chapitre 2
Le niveau phonologique………………………….……
2.1. Les unités prosodiques pertinentes……………………….
2.2. Les syllabes…………………………………………………
2.3. Voisinages des syllabes…………………………………….
2.4. Marquages des unités par une longue terminale………...
2.5. Le rôle de l’accent dans le vers arabe…………………….
2.6. Correspondance mètre, langue……………………………
Chapitre 3
Le temps du vers…………………………………….……
3.1. Temps et vers……………………………………………….
3.2. Homométrie et modèle de vers……………………………
3.3. Schéma de vers……………………………………………..
3.4. Mètre et modèle de vers…………………………………...
3.5. Deux structures de temps………………………………….
3.6. Les mètres à nombre de syllabes constant………………..
3.7. Les mètres à durée constante……………………………...
3.8. Le tiers exclu……………………………………………….
Chapitre 4
La structure du vers……………………………….……
4.1. Temps et structure…………………………………………
4.2. Schéma de vers et positions………………………………..
4.3. Les pieds…………………………………………………….
4.4. Les mètres…………………………………………………..
4.5. Grammaire du vers………………………………………...
Chapitre 5
Transformation et réalisation………………….……
5.1. Nature des transformations……………………………….
5.2. Les transformations rythmiques………………………….
5.3. Les transformations métriques……………………………
5.4. Exemples……………………………………………………

Introduction à mon ouvrage WAZN

Introduction


Mon premier contact véritable avec la métrique a été consécutif à la remarque faite par un collègue linguiste selon qui, Al Khalil, le créateur de arud a utilisé les groupes cycliques dans sa théorie. Il faisait référence aux cercles de la métrique et pensait qu’ils formaient des groupes.
Lorsque j’ai découvert, pour la première fois, ces cercles j’ai été subjugué. Au lycée, on nous avait appris à coder les vers, à reconnaître intuitivement leur structure ; mais on nous avait caché cette merveilleuse organisation des mètres : cinq cercles regroupaient leurs mesures et on pouvait lire celles-ci à partir de sommets différents.
J’ai, bien entendu, cherché ces groupes dont avait parlé mon collègue. Il fallait trouver la loi de composition interne dans l’ensemble des mesures des mètres, c’est-à-dire la relation liant deux éléments ordonnés à un troisième ; puis vérifier les propriétés de cette opération qui munirait l’ensemble étudié d’une structure de groupe.
Mais il n’y avait pas, en ces cercles, de loi de composition interne ; par contre on pouvait penser que deux schémas d’un même cercle étaient reliés par une relation ; il fallait la définir. Nous avons posé que deux schémas étaient équivalents circulairement, si on pouvait avoir : X = AB et Y = BA.
La notion de cercle était formalisée. C’était déjà un grand pas en avant. Mais ces cercles semblaient diviser l’ensemble des schémas en classes. Pour qu’il en soit ainsi, il fallait que la relation circulaire soit une relation d’équivalence. La démonstration fut aisée. Un théorème moins évident avait besoin d’une démonstration “nX et nY sont reliés par une relation circulaire si et seulement si X et Y le sont”. Une petite année fut nécessaire pour en apporter la preuve…
Ce théorème permettait de simplifier considérablement la représentation du cercle métrique et donnait une réponse formelle à la question : “existe-t-il un cercle unique regroupant tous les mètres ?”. cette problématique était devenue la quadrature du cercle de certains métriciens arabes.
J’avais là de quoi faire un petit article dans la revue de mathématique « Syn ». A ma grande surprise un très grand nombre de gens se sont intéressés à cet article. Ce qui prouve que de nombreux mathématiciens manifestent de l’intérêt à la poésie.
Puis, l’article s’est développé pour devenir une thèse de doctorat de troisième cycle puis une thèse d’Etat...
Un des niveaux du mètre arabe est celui des éléments qu’Al Khalil a appelé sabab/cordons et watid/Piquets. En notant S et W ces éléments et en recodant les mètres on peut remarquer que deux W ne pouvaient voisiner ni trois S.
En partant de cette remarque d’apparence anodine, on peut construire un modèle analytique qui permet de résoudre un problème posé à la métrique arabe depuis des siècles : Comment reconnaître de manière automatique le mètre du vers ?
Comment reconnaître de manière automatique le mètre du vers ? Habituellement on procédait par tâtonnement et seuls ceux qui sont très exercés pouvaient reconnaître infailliblement la structure du vers.
Quelques algorithmes tout simples dans le modèle que nous avons mis au point, suffisent pour accomplir une tâche habituellement ardue. Exprimer ces algorithmes dans un langage informatique fut un jeu et la société Alamia commercialise aujourd’hui un logiciel /programme de poésie, que nous avons réalisé en collaboration avec ses techniciens. Tout vers est analysé automatiquement avec la donnée de ses composantes, ses variations, et éventuellement la détection de ses incorrections.

Le travail d’analyse m’a été beaucoup facilité par la lecture dans la revue Change d’un article de Hall et Keyser sur la métrique générative. On y décrit les cordons et les piquets comme des éléments abstraits d’une structure profonde ayant des réalisations aboutissant à des séquences de brèves et de longues.
Le niveau des cordons et piquets souvent oublié ou même renié par de nombreux métriciens contemporains, était reconnu et considéré comme un des fondements de la théorie. De plus, leur manière de voir a réduit le terrible code des variations: les zihaƒate et ilal, avec son lexique complexe, à quelques règles de concordance très simples.

Il me faut citer aussi les travaux de Roman Jakobson.
La distinction qu’il fait entre l’exemple de vers et le modèle de vers permet d’éclairer d’un jour nouveau la théorie du mètre arabe.
Prenez par exemple cette notion de Bahr qu’on appelle communément mètre ; eh bien ! Ce n’est pas du tout un modèle de vers comme l’ont cru de nombreux métriciens, mais un ensemble de modèles, donc un ensemble de mètres. Et de très nombreuses erreurs, faites par de brillants chercheurs, sont venues de la confusion entre modèle et exemple de vers.
Le fait que, par exemple, le vers arabe est construit sur la base de l’un des principes disjoints :
(a) permanence du nombre des syllabes,
(b) équivalence de deux brèves à une longue,
ne peut être mis en évidence que par une vue claire de ce qu’est le modèle de vers et par une connaissance parfaite du terrain du réalisé, terrain qu’ignorent malheureusement de nombreux théoriciens.
Une autre idée, apparemment simple de Jakobson et qui est la dissociation entre le vers/ exemple et modèle, et le chant du vers permet d’éclairer d’un jour nouveau le problème de l’accent dans le vers arabe.
Il faut noter que l’accent linguistique, très contesté, si peu évident ne joue aucun rôle dans le vers arabe ; mais c’est la longueur et, elle seule, parmi les éléments de la prosodie qui est pertinente.
Doit-on en conclure par-là qu’il n’y a pas d’accent dans le vers arabe ? En fait ce vers était chantonné, psalmodié, on parle d’inchâd par les poètes lorsqu’ils le disent, lorsqu’ils le composent, lorsqu’ils l’entendent.
Regardez deux vers si semblables : celui du rajaz et celui du kâmil ; dans le premier l’accent est mis sur la dernière syllabe : c’est la seule longue à rester longue. Par contre dans le kâmil l’accent est mis sur la longue centrale et sur la finale.
Ces accents ne sont pas des accents de la langue mais ils sont liés au mètre dans son abstraction la plus parfaite. Ils permettent de différencier les rythmes abstraits. De plus, on ne peut dire s’il s’agit d’accents véhiculant autre chose qu’une longueur plus évidente que les autres.
Ainsi, à la longueur de la voyelle jouant un rôle pertinent dans la langue et permettant de différencier les morphèmes, s’ajoute une longueur spécifique dans le vers permettant de différencier les mètres.
Cette notion d’accent, mal comprise, a été souvent le centre de recherches sur le rythme/ iqâ, qu’on a voulu opposer au mètre.
Mais qu’est-ce que le rythme ? Est-ce qu’en face d’un vers donné on peut exhiber un objet qui est son rythme ?
En arûd, les choses sont claires, tout vers a une mesure qui est la séquence de syllabes brèves et longues/ou les consonnes de mues et d’inertes; et ces mesures on peut les classer, les engendrer par une grammaire du vers, les ordonner etc…
Mais le rythme ? Il est sans objet. Et c’est une prouesse que de faire tant d’études –obscures et hasardeuses- sur une notion non définie.
La majorité des recherches nouvelles, sur le vers arabe et qui ont tenté une certaine innovation ont été caractérisées par deux choses : une certaine confusion entre les notions de base et une méconnaissance du terrain poétique.
Ceci explique pourquoi rien de véritablement nouveau n’a été ajouté, à la théorie khalilienne. Seuls les travaux de Halle et Keyser ont apporté les éclaircissements fondamentaux dont nous avons parlés. Mais une connaissance plus approfondie du terrain poétique leur aurait probablement permis d’aller plus loin, dans leurs recherches.

Si nous avons répondu par le travail qui va suivre à beaucoup de questions, il reste beaucoup de mystères à dévoiler dans le domaine de la structure du vers…

Mostefa Harkat.

vendredi 5 décembre 2008

Présentation

Mostefa Harkat est professeur à l'Université d'Alger; il est titulaire d'un doctorat d'état de linguistique de Paris 7; mathématicien et spécialiste du rythme, il a collaboré au Centre de Poétique Comparé de l'INALCO à Paris et a mis au point des algorithmes d'analyse automatique du vers. Il a écrit de nombreux ouvrages théoriques et des fictions. Ses derniers livres, parues en 2007: La Poésie populaire algérienne, ouvrage où il résout un vieux problème: celui de la prosodie de la poésie écrite en langue dialectale, Alger bleues, roman.

Mon dernier ouvrage paru en novembre 2008







jeudi 4 décembre 2008

Métrique arabe

Ce blog est dédié principalement aux chercheurs et amoureux de la métrique en général et de la métrique arabe...J'y mettrai sans réserve les résultats de mes longues années de recherche en ce domaine...J'espère que les chercheurs et étudiants en tireront profit...Je souhaiterai aussi que tout extrait de ce travail soit cité...
La métrique arabe se nomme arudh...
Voici un extrait de mon dernier ouvrage: Dictionnaire comparé des théories du vers

Arudh
1. La science du mètre
Le arudh, ou science du mètre, est défini traditionnellement comme l’ensemble des règles qui permettent de reconnaître les vers mesurés de ceux qui sont faux.
Le terme semble être une création d’Al Khalil. Certains pensent qu’il viendrait du verbe &aradha : exposer. La poésie serait ainsi exposée à l’analyse de cette science qui en détermine les composants et offre un label d’admissibilité.
D’autres pensent qu’il s’agit d’une généralisation du terme technique désignant le dernier pied du premier hémistiche. Les usagers, à force d’utiliser ce vocable, auraient fini par l’appliquer à la théorie elle-même.
Nous avons donné du arudh la définition suivante :
Le arudh est la science qui étudie les mesures métriques du vers, c’est à dire les séquences de syllabes brèves et longues adjointes à chaque vers.

2. Arudh, modèle métrique
Le arudh tel que l’a construit Al Khalil, se présente comme un modèle structuré en niveaux:
· Evénements élémentaires ou phonologiques,
· Cordons et piquets
· Pieds
· Hémistiche, vers

Le passage d’un niveau à un autre se fait par groupement ou concaténation des éléments.
Le modèle définit des schémas qui sont confrontés au domaine du réalisé par un ensemble de transformations appelées zihafate et &ilal.
Les schémas du vers sont générés à partir de deux opérations effectuées dans cet ordre :
a. La permutation circulaire à partir d’un schéma de base.
b. Les transformations de type &ilal.

3. Arudh, partie d’un vers
Terme technique désignant le dernier pied du premier hémistiche, appelé ainsi car provenant de &aridha ou poutre centrale qui sous-tend une tente. Nous l’avons traduit par centre.Le arudh est le lieu des marquages de fin d’hémistiche.

Ouvrage: Le dictionnaire comparé des théories du vers, Arabe- français
Editions: Dar al Afaq, 10 rue Mustapha Khalef, El biarAlger
www.afaq-edition.com