vendredi 10 juillet 2009

Mostefa ou Mustapha?

Il est souvent des réalités qu'on ignore...Un éclairage peut-être fourni par une discipline donnée. Voici, par exemple, l'explication qui peut-être donnée à la double graphie bien connue: Mustapha et Mostepha. Et qui sont une transcription d'un même nom arabe. S'agit-il d'une fantaisie des transcripteurs ou de l'expression d'une réalité linguistique?

L'autre jour, dans un feuilleton syrien, j'entendais, à plusieurs reprises le nom de Mustapha, prononcé ainsi: Moustafâ, avec le découpage syllabique suivant: Mous/ta/fâ
Mous = CVC = L
ta = CV = B
fâ = CVV = L
N'ayant pas en ma position ici les symboles phonétiques nécessaires, je me suis contenté d'une transcription approximative...t est emphatique et VV indique une voyelle unique longue, quant à B et L, elles indiquent respectivement les syllabes brèves et longues...
Cette prononciation est conforme à la prononciation classique que l'écriture arabe avec sa notation des longues rend parfaitement bien...
Je me suis alors rendu compte qu'un maghrébin prononcerait plutôt: Moustâfâ avec le découpage suivant:
Mous = CVC = L
tâ = CVV = L
fâ= CVV = L

Un théoricien bricoleur se hasarderait à dire que les Maghrébins placent l'accent de mot, ailleurs que ne le ferait les Syriens. Or le problème ici n'est pas un problème d'accent mais de rythme de la langue qu'on ne peut classer dans le domaine de la prosodie...
Le parlé maghrébin a carrément supprimé les voyelles ouvertes brèves de l'arabe classique. En face de Moustafâ= LBL, les maghrébins ont eu deux attitudes :
1. Allonger la voyelle de la deuxième syllabe d'où la prononciation Moustâfâ
2. Supprimer la voyelle de la deuxième syllabe, d'où la prononciaion Moustfa.

Les deux pronociations, absolument libres, ont donné lieu aux graphies:
Mustapha et Mostefa
utilisées par l'administration coloniale.
A l'indépendance, l'état civile fut arabisé. Mais pour des commodités, on a gardé en note, en bas de page, la mention: Ancienne écriture du nom. Or les officiers de l'état civile se fient souvent à leur instinct pour remplir la case de l'ancien nom. C'est ainsi qu'on peut figurer dans l'administration coloniale avec la graphie Mustapha et dans l'administration algérienne avec la graphie Mostefa...
Cela m'est personnellement arrivé car dans mon passeport je suis Mostefa et ma carte d'identité Mustapha...

Cela ne pose aucun problème sauf pour les esprits tatillons formés à l'école française. Ainsi, dans la poste de mon quartier, un fonctionnaire zélé me fait souvent remarquer que le libellé de mon carnet de chèques postaux, ne correspond pas à celui figurant dans ma carte d'identité; j'ai eu beau lui expliquer qu'en arabe Mostefa et Mustapha sont pareils, il reste intraitable. Ce qui m'oblige à recourir souvent à l'Inspecteur de la poste qui est plus jeune et d'une nature plus conciliante...

En passant, saluons nos amis linguistes qui font d'énormes efforts pour situer l'arabe et ses dialectes dans cette nouvelle classification basée sur la notion de rythme...Disons leur simplement que les choses ne sont pas aussi simples qu'on le croit et qu'on ne peut pas transposer la prosodie d'une langue dans une autre... Ainsi, il est aberrant de croire que la finale d'un mot achevé par une syllabe longue ne peut pas être accentué. La prononciation classique et syrienne ou orientale en général, montre bien que c'est la fin du mot Mustaphâ qui est mise en relief...

Mostefa Harkat

Pour l'accent de mot, voir nos ouvrages et articles; idem pour le rythme du dialecte maghrébin,